Les hémorroïdes pendant la grossesse sont fréquentes, mais elles ne doivent pas être banalisées quand la douleur, le saignement ou la constipation s’installent. Le plus utile, dans ce contexte, est de savoir ce qui déclenche la crise, ce qui soulage vraiment et ce qui doit faire consulter sans attendre. J’aborde ici les causes, les signes à reconnaître, les gestes simples à adopter et les traitements à discuter pendant la grossesse.
Les repères utiles à garder en tête dès le départ
- La grossesse favorise les hémorroïdes surtout par la constipation, la pression de l’utérus et les changements hormonaux.
- Selon l’Assurance Maladie, environ une femme enceinte sur trois est concernée, surtout en fin de grossesse.
- Le premier réflexe n’est pas la crème, mais le transit : fibres, hydratation, marche et efforts de poussée limités.
- Certains traitements locaux et laxatifs peuvent être envisagés, mais pas en automédication prolongée.
- Un saignement abondant, une douleur intense, de la fièvre ou un doute sur le diagnostic justifient une consultation.
- Après l’accouchement, le problème régresse souvent, mais il peut aussi être entretenu par la constipation du post-partum.
Pourquoi elles apparaissent si souvent pendant la grossesse
La mécanique est assez simple : pendant la grossesse, le sang circule plus difficilement dans la zone pelvienne, l’utérus comprime davantage les veines, et le transit ralentit. À cela s’ajoutent les hormones, qui ont tendance à rendre les selles plus difficiles à évacuer. C’est précisément ce mélange qui explique pourquoi une crise hémorroïdaire survient souvent en fin de grossesse, au moment où l’on a déjà moins de marge de confort.
Selon l’Assurance Maladie, environ un tiers des femmes enceintes souffrent d’hémorroïdes, avec une fréquence plus marquée en fin de grossesse et au décours de l’accouchement. C’est un chiffre utile, parce qu’il rappelle deux choses : d’une part, ce n’est pas rare ; d’autre part, le fait que ce soit fréquent ne veut pas dire qu’il faut tout supporter sans rien faire.
Il y a aussi un facteur souvent sous-estimé : certains compléments de fer constipent. Or, une selle dure pousse à forcer, et la poussée entretient la crise. Dans la pratique, je regarde donc toujours le transit avant de regarder uniquement la zone douloureuse. C’est ce point qui guide ensuite la manière de soulager la situation.
Une fois ce mécanisme compris, on peut mieux lire les symptômes et éviter les confusions inutiles.
Reconnaître les bons signes sans confondre avec une fissure
Les hémorroïdes ne se manifestent pas toujours de la même manière. Certaines donnent surtout des démangeaisons et une gêne, d’autres une vraie douleur, et d’autres encore un petit saignement rouge vif après la selle. Le problème, c’est que d’autres troubles anaux peuvent donner une impression proche, notamment la fissure anale.
| Signe | Ce que cela évoque plutôt | Ce que je retiens |
|---|---|---|
| Petite boule, gêne, prurit, brûlure | Crise hémorroïdaire, souvent externe | On pense d’abord à calmer l’irritation et à assouplir les selles. |
| Sang rouge vif sur le papier ou dans la cuvette après la selle | Hémorroïdes, surtout si la douleur reste modérée | Ce n’est pas forcément grave, mais il ne faut pas supposer sans vérifier si cela se répète. |
| Douleur très vive pendant la selle, sensation de coupure | Fissure anale plus probable | Le tableau change, et l’examen médical devient plus utile. |
| Fièvre, malaise, douleur abdominale, saignement important | Pas une simple crise banale | Il faut consulter rapidement. |
Le point de vigilance, c’est surtout le saignement. Du sang rouge clair après l’émission des selles peut correspondre à des hémorroïdes, mais je ne conseille jamais de tout attribuer à cela automatiquement, surtout si le saignement se répète ou s’accompagne d’une douleur inhabituelle. C’est souvent à ce moment-là que le diagnostic mérite d’être confirmé.
Quand les signes sont compatibles avec une crise simple, on peut passer aux gestes concrets qui soulagent sans prendre de risques.

Les gestes qui soulagent vraiment au quotidien
Je commence toujours par le transit, parce que c’est lui qui entretient la crise dans la majorité des cas. L’objectif n’est pas de “forcer” l’intestin, mais de rendre l’évacuation la plus douce possible. Si les selles restent molles et faciles à évacuer, la pression locale baisse, et les symptômes suivent souvent la même courbe.
- Boire régulièrement dans la journée, pas seulement au moment des repas.
- Ajouter des fibres à chaque repas avec des fruits, des légumes, des légumineuses, de l’avoine ou du pain complet.
- Marcher un peu chaque jour, même sans séance sportive, pour relancer le transit.
- Éviter de rester assise longtemps et se lever souvent si le travail ou le repos prolongé accentuent la gêne.
- Limiter les efforts de poussée et ne pas rester trop longtemps aux toilettes.
- Nettoyer doucement après la selle, avec de l’eau tiède ou un papier humide non parfumé, puis tamponner sans frotter.
J’ajoute souvent un détail très concret : surélever légèrement les pieds avec un petit marchepied pendant la selle peut aider à relâcher le plancher pelvien. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est souvent plus efficace que beaucoup d’astuces compliquées. Le froid local peut aussi calmer la sensation de gonflement et de brûlure, à condition de l’appliquer brièvement et sans contact direct agressif avec la peau.
Ce sont des mesures simples, mais elles marchent d’autant mieux qu’elles sont mises en place tôt. Si le transit ne suit pas, il faut alors regarder les traitements compatibles avec la grossesse.Quels traitements peuvent être discutés avec un professionnel
Je reste volontairement prudent sur les médicaments, parce qu’en grossesse la bonne molécule, la bonne dose et la bonne durée comptent autant que le symptôme à traiter. L’idée n’est pas de multiplier les produits, mais de choisir ce qui soulage sans exposer inutilement la mère ou le bébé.
| Option | Intérêt | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Crèmes ou suppositoires locaux | Ils peuvent diminuer l’inflammation, la brûlure et la gêne locale | À utiliser sur avis médical ou pharmaceutique, et sur une durée courte si nécessaire. |
| Laxatifs compatibles avec la grossesse | Ils aident surtout quand la constipation entretient la crise | Le choix dépend du contexte, du terme et de l’état du transit. |
| Paracétamol | Peut aider si la douleur devient gênante | À respecter selon l’avis du professionnel de santé et sans cumuls inutiles. |
| Anti-inflammatoires non stéroïdiens | Pas adaptés dans ce contexte | L’Assurance Maladie rappelle qu’ils sont contre-indiqués à partir du 6e mois de grossesse. |
En pratique, les laxatifs qui augmentent le volume ou l’hydratation des selles sont souvent les plus logiques quand la constipation est en cause, mais je préfère laisser ce choix à un professionnel, surtout si vous êtes déjà sous traitement de grossesse. Si un complément de fer vous constipe, il ne faut pas l’arrêter de vous-même : on peut parfois ajuster la forme, l’horaire ou la tolérance digestive.
Le plus important reste de ne pas empiler les produits “au cas où”. Une crise simple se calme souvent avec peu de choses bien choisies, alors qu’une automédication dispersée complique la lecture des symptômes et retarde la bonne décision.
Quand il faut consulter sans attendre
Je recommande de demander un avis médical si la douleur devient franche, si le saignement se répète ou si le tableau sort du schéma habituel d’une crise simple. Pendant la grossesse, il vaut mieux faire vérifier trop tôt que trop tard, surtout quand le saignement pourrait avoir une autre origine.
- Saignement abondant ou qui revient plusieurs fois.
- Douleur intense, boule très sensible ou impossibilité de s’asseoir normalement.
- Fièvre, malaise, écoulement anormal ou douleur abdominale associée.
- Constipation qui dure malgré les mesures de base.
- Doute entre hémorroïdes, fissure anale et autre cause de saignement.
Le bon interlocuteur peut être la sage-femme, le médecin traitant, le gynécologue ou le pharmacien, selon l’urgence et la disponibilité. Ce qui compte, c’est d’avoir un regard extérieur quand la douleur, le saignement ou la constipation dépassent le cadre d’un simple inconfort.
Et si la crise arrive en fin de grossesse, il faut aussi penser à ce qui se passe juste après l’accouchement, car le problème ne s’arrête pas toujours là.
Après l’accouchement, ce qui change vraiment pour éviter les récidives
La plupart des crises s’améliorent après la naissance, parce que la pression abdominale diminue. En pratique, beaucoup de femmes voient une nette amélioration dans les semaines qui suivent, parfois en deux à quatre semaines. Mais le post-partum peut aussi entretenir le problème, surtout si la constipation persiste, si l’on boit peu, ou si les douleurs de l’accouchement poussent à se retenir.
Je vois souvent trois pièges après la naissance : la fatigue qui fait oublier de boire, la peur d’aller à la selle, et les médicaments antalgiques qui ralentissent le transit. Le meilleur réflexe reste donc le même qu’en fin de grossesse : garder des selles souples, continuer à marcher dès que possible et traiter la douleur sans bloquer le transit. Si l’allaitement, les suites de couches ou les douleurs périnéales compliquent la situation, il faut en parler rapidement, car un petit ajustement suffit parfois à casser le cercle vicieux.
Si les symptômes persistent au-delà de quelques semaines, s’aggravent ou reviennent à répétition, je conseille de recontrôler le diagnostic plutôt que de continuer à “gérer” en silence. Une crise hémorroïdaire de grossesse est fréquente, mais elle mérite une prise en charge propre quand elle devient répétitive ou invalidante.
En résumé pratique, je retiens une règle simple : on soulage d’abord le transit, on apaise localement, on évite les médicaments hasardeux et on consulte dès que la douleur, le saignement ou le doute dépassent le cadre d’une crise banale. C’est la manière la plus sûre de traverser la grossesse sans banaliser un symptôme très courant, mais pas toujours anodin.