Au bloc opératoire, le bistouri électrique permet de couper certains tissus tout en limitant les saignements grâce à la chaleur produite par un courant à haute fréquence. Je vous explique son fonctionnement, la différence entre les modes monopolaire et bipolaire, ses usages, ses risques et les précautions qui protègent le patient.
L’essentiel à retenir sur cet instrument de chirurgie
- Deux fonctions principales sont utilisées au bloc opératoire : la section et la coagulation.
- Le mode monopolaire fait circuler le courant par le corps et nécessite une électrode de retour.
- Le mode bipolaire concentre le courant entre les deux mors d’une pince, sur une zone limitée.
- Les principaux dangers sont les brûlures, les départs de feu, les interférences avec certains implants et l’exposition aux fumées chirurgicales.
- La sécurité dépend surtout du bon réglage, du positionnement des électrodes et de la coordination de l’équipe.

À quoi sert réellement le bistouri électrique
Contrairement à un scalpel classique, cet instrument ne repose pas seulement sur une lame. Il utilise un courant électrique à haute fréquence qui chauffe localement les tissus. Selon le réglage choisi et la durée d’application, cette chaleur provoque une incision, une coagulation ou les deux.
La coupe sert à séparer les tissus avec précision. La coagulation, elle, réduit le saignement en fermant de petits vaisseaux. C’est cette double fonction qui explique son utilisation fréquente en chirurgie générale, gynécologique, urologique, digestive, dermatologique et en endoscopie.
Couper ne signifie pas toujours cautériser
Les appareils disposent généralement de plusieurs modes. Un mode de coupe délivre une énergie adaptée à une section régulière, tandis qu’un mode de coagulation produit davantage d’effet thermique sur une zone souvent plus restreinte. Les modes mixtes cherchent un compromis entre les deux.
Je trouve important de corriger une idée reçue : l’appareil ne « brûle » pas indistinctement tout ce qu’il touche. Le résultat dépend de la puissance, du temps d’application, de la forme de l’électrode, de l’humidité des tissus et du geste du chirurgien. Un réglage trop élevé peut augmenter les lésions thermiques sans améliorer le résultat.
Monopolaire ou bipolaire, deux circuits différents
La différence entre ces deux techniques n’est pas un simple détail de matériel. Elle détermine le trajet du courant et donc les précautions à prendre autour du patient.
| Technique | Fonctionnement | Atouts | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Monopolaire | Le courant part de l’électrode active, traverse les tissus puis revient au générateur par une électrode de retour collée sur la peau. | Grande polyvalence, coupe efficace et accès pratique à de nombreuses zones. | Contact de l’électrode de retour, trajet du courant, implants et risque de brûlure. |
| Bipolaire | Le courant circule entre les deux mors d’une pince ou les deux électrodes placées au même endroit. | Énergie plus localisée et dispersion réduite. | Champ d’action plus limité et nécessité de saisir correctement le tissu. |
En mode monopolaire, la plaque de retour n’est pas une pièce passive. Elle complète le circuit et doit rester parfaitement en contact avec une zone cutanée suffisamment large. Une mauvaise adhérence, une peau humide ou un contact avec une surface métallique peuvent concentrer l’énergie et provoquer une brûlure cutanée.
Le bipolaire est souvent privilégié lorsque l’équipe souhaite limiter la dispersion du courant. Il ne convient toutefois pas à toutes les situations. Le choix dépend de l’intervention, de la profondeur du geste, du type de tissu et de l’équipement disponible.
Comment l’équipe l’utilise au bloc opératoire
Avant l’incision, l’équipe vérifie le générateur, les câbles, l’électrode active et, lorsque le mode monopolaire est prévu, la plaque de retour. La peau doit être propre et sèche, sans pli important ni zone présentant une lésion. Le positionnement est choisi pour offrir un contact stable pendant toute l’intervention.
Le chirurgien sélectionne ensuite le mode et la puissance les plus adaptés. La règle la plus sûre est d’utiliser la puissance minimale efficace, avec des activations brèves lorsque la situation le permet. Un appareil moderne peut signaler un mauvais contact, mais cette alarme ne remplace jamais la vérification humaine.
Une attention particulière pendant l’anesthésie
La présence d’un anesthésiste ne concerne pas uniquement le sommeil du patient. L’équipe doit aussi tenir compte de l’oxygène administré, des dispositifs de ventilation, des liquides antiseptiques et des autres équipements électriques présents autour du champ opératoire.
Les fumées produites par la chirurgie électrique peuvent contenir des particules et des substances irritantes. Une aspiration adaptée améliore la visibilité du chirurgien et limite l’exposition de l’équipe. Pour moi, c’est un élément de confort et de sécurité souvent moins visible pour le patient, mais très concret pour les professionnels.
Les risques à prévenir avant l’incision
La Haute Autorité de santé rappelle que les incidents sont souvent liés à une mauvaise installation, à des réglages inadaptés ou à une sous-estimation des interactions entre le courant, les liquides et les gaz. Le danger ne vient donc pas seulement de la machine elle-même, mais de l’ensemble du système.
Brûlures et mauvais contact cutané
Le risque le plus connu concerne l’électrode de retour en mode monopolaire. Elle doit être appliquée sur une zone musculaire, plane, bien vascularisée et dépourvue de produits gras. Les prothèses métalliques, les cicatrices importantes ou les zones comprimées peuvent demander une stratégie particulière.
Après l’intervention, l’équipe peut examiner la zone où l’électrode a été retirée. Une rougeur légère n’a pas la même signification qu’une douleur persistante, une cloque ou une plaie. Dans ce dernier cas, le patient doit le signaler rapidement aux soignants.
Feu au bloc opératoire
Un départ de feu peut survenir lorsque trois éléments sont réunis : une source d’énergie, un produit inflammable et un comburant comme l’oxygène. Les antiseptiques alcooliques doivent donc être laissés sécher complètement avant l’utilisation de l’instrument, sans accumulation dans les plis ou sous le patient.
Les champs opératoires, les compresses et les cheveux peuvent aussi jouer un rôle dans la propagation d’un feu. La prévention repose sur une préparation rigoureuse et sur une communication claire entre chirurgien, anesthésiste et infirmier de bloc.
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Pacemaker et autres dispositifs implantés
Un stimulateur cardiaque ou un défibrillateur implantable doit être signalé avant l’intervention. Le courant monopolaire peut créer des interférences selon la zone opérée, le trajet choisi et la dépendance du patient à son dispositif.
Cette situation ne signifie pas automatiquement que l’opération est impossible. Elle impose une évaluation préopératoire, un choix technique adapté, parfois la préférence pour le bipolaire et une surveillance spécifique. Le patient ne doit jamais attendre le jour de l’intervention pour mentionner son implant.
Ce que le patient peut demander et comprendre
Un patient n’a pas besoin de connaître les réglages du générateur, mais il peut poser des questions simples et utiles. Je recommande de signaler les éléments suivants dès la consultation ou lors de l’admission :
- la présence d’un pacemaker, défibrillateur ou autre implant électronique;
- une allergie connue aux adhésifs ou aux matériaux médicaux;
- une lésion, une irritation ou une cicatrice importante sur la peau;
- une intervention précédente ayant provoqué une brûlure ou une réaction inhabituelle;
- l’utilisation de bijoux, de dispositifs transdermiques ou d’accessoires difficiles à retirer.
La plaque de retour, lorsqu’elle est nécessaire, ne doit pas être confondue avec une électrode qui injecte du courant. Elle sert à fermer le circuit. Pendant une anesthésie locale, le patient peut parfois ressentir une chaleur, une odeur particulière ou entendre un signal sonore, mais toute douleur anormale doit être immédiatement signalée.
Après l’opération, une douleur croissante, une cloque ou une zone cutanée très rouge à l’emplacement de la plaque mérite un avis médical. La majorité des interventions se déroulent sans incident, mais un symptôme inhabituel ne doit pas être banalisé.
Pourquoi cet outil ne remplace pas toutes les autres technologies
L’électrochirurgie reste très polyvalente, mais elle n’est pas toujours la meilleure option. Les ultrasons, certains systèmes de scellement vasculaire et d’autres instruments spécialisés peuvent être préférés pour des vaisseaux plus importants, une chirurgie mini-invasive ou une zone où la dispersion thermique doit être particulièrement limitée.
Le choix ne se résume pas à comparer des appareils. Il dépend de la précision recherchée, de la taille des vaisseaux, du type de tissu, de la visibilité du champ opératoire et de l’expérience de l’équipe. Une technologie plus récente n’est pas automatiquement plus sûre dans toutes les situations.
| Solution | Usage courant | Limite principale |
|---|---|---|
| Électrochirurgie | Coupe et coagulation polyvalentes. | Risques liés au courant, à la chaleur et à l’installation. |
| Ultrasons | Dissection et coagulation dans certaines chirurgies, notamment mini-invasives. | Accessoires et indications spécifiques, avec un coût souvent plus élevé. |
| Ligature ou suture | Contrôle mécanique du saignement. | Geste parfois plus long ou moins pratique dans une zone difficile d’accès. |
Le bon réflexe pour une chirurgie plus sûre
Le bistouri électrique est un outil très efficace lorsqu’il est utilisé avec méthode. Sa performance dépend moins de la puissance maximale que de la qualité de l’installation, de la préparation de la peau, du choix du mode et de la communication au sein de l’équipe.
Comme patient, le geste le plus utile consiste à déclarer ses implants, ses allergies et toute particularité cutanée. Comme professionnel, il faut vérifier le matériel, anticiper les risques de feu et contrôler la peau après le retrait de l’électrode. Cette vigilance discrète fait une vraie différence entre une technologie simplement disponible et une technologie réellement maîtrisée.